Une poignée d’étoiles – Rafik Schami

Nous nous rendons aujourd’hui compte que le monde n’est pas angélique, et que la littérature, au-delà de ses inspirations lyriques, oniriques, nous permet de vivifier nos esprits et de réfléchir par nous-même, à l’aide de pamphlets, de romans… ou sous d’autres formes.

C’est sur un journal intime qu’Instants Littéraires a aujourd’hui choisi de se pencher. Celui d’un jeune garçon grandissant dans les années 1950 à Damas. C’est son histoire, mais c’est, au-delà, l’histoire de toute une fresque qui s’organise, et c’est en cela que ce livre est… poignant.

A l’origine destiné à la jeunesse, ce roman en prend les formes. Une écriture simple, celle, somme toute, d’un enfant. Des thèmes qui ne sont pas étrangers aux préoccupations de tous les jeunes du monde : un père avec qui le garçon a des problèmes de communication, surtout lorsqu’il s’agit de lui confier son rêve de gosse, devenir journaliste ; une mère protectrice avec laquelle s’installe une certaine complicité ; un oncle illettré mais détenant une vérité populaire, qui lui raconte de nombreuses histoires palpitantes… Sans oublier Nadia, l’amour de sa jeunesse.

« Quand bien même ils m’arracheraient le cœur, je t’aimerais encore avec ce qu’il me reste de vie » (p. 127)

Ces thèmes sont simples, et franchissent les frontières, pour évoquer l’enfance de tout à chacun. Et c’est en cela que ce livre parlera également aux plus grands, dans un style si direct qu’il nous fait voyager. Car ce garçon habite à Damas, et nous apprenons toutes les difficultés qu’il éprouve à faire ce qu’il veut. Il se bat contre son père, contre les traditions, contre l’inertie de toute une population. Mais il avance. Et en avançant, il croise la dictature, la répression de toute liberté qui le choquent autant qui l’interrogent, tant ces deux univers sont antinomiques.

C’est, enfin, une rencontre assez fortuite qui opérera un changement brutal dans sa manière d’appréhender le monde : Habib, un journaliste, sera en effet un des piliers de la révolte pacifiste, car faite de mots et de pensées, de ce garçon qui apprend également à devenir grand, dans un pays où il est apparemment si difficile de penser par soi-même.

« « Qu’est-ce qu’un journaliste ? Ai-je demandé. Pour moi, un journaliste, c’est quelqu’un qui travaille dans un journal, je n’en sais guère plus.

– Oh, un journaliste, a soupiré oncle Salim, c’est quelqu’un de futé et de courageux. Avec une feuille de papier et un crayon, il peut faire trembler un gouvernement entier, y compris la police et l’armée.

– Avec du papier et un crayon ? Je n’en revenais pas : papier et crayon, tous les élèves en ont à l’école, et cela n’impressionne même pas le portier.

– Oui, il fait trembler le gouvernement, car il est toujours à la recherche de la vérité, alors que tous les gouvernements s’efforcent de la cacher. Le journaliste est un homme libre, comme un cocher, et vit comme ce dernier en perpétuel danger. »

Ça serait bien, si je devenais journaliste ! » (p. 17)

Un livre fort par sa simplicité et par des thèmes graves abordés par un gamin qui nous apprend que nous pouvons tous, à notre échelle, « faire notre part ».


Rafik Schami, Une poignée d’étoiles, 1989.


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